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  • annetolliepro

CULTIVER L’EMERVEILLEMENT, ENCORE ET ENCORE

Dernière mise à jour : août 31

Le yoga ou comment cultiver l'émerveillement, encore et encore


Sur terre, ce ne sont pas les occasions de s’émerveiller qui manquent, mais les émerveillés (Eric Emmanuel Schmidt – La nuit de feu).


J’ai toujours été sensible à ces instants où le temps semble suspendre sa course incessante, pour me laisser, l’espace de quelques secondes au moins, me perdre dans la contemplation du beau, de ce qui est, là. Un peu comme à la fin de l’inspiration, où le temps et l’air sont suspendus quelques précieuses secondes et irradient le corps d’apaisement.

Le yoga est venu comme une évidence renforcer mon inclinaison naturelle à la contemplation et à l’émerveillement. Il s’agit, je crois, de ces moments d’acuité aiguisé des sens, du ressenti et du vécu. C’est la puissance du moment présent décuplé par la pleine conscience, dans un espace infini, comme un trou noir qui engloutit tous nos sens. C’est ce que la Gestald théraphie nomme le « contact final », l’instant où la frontière entre le soi et l’autre disparait : « Le ressenti d’absorption s’accompagne d’un oubli de soi … la personne est entièrement tournée vers son objet, et l’objet remplit la totalité du champ… le « je » est totalement absorbé par l’objet ». (James Kepner – le corps retrouvé en psychothérapie).


Il y a l’art, d’abord ; c’est pour moi une source d’émerveillement intense. Un tableau de Botticceli , de Caravage, la main en marbre de Pluton posée sur la cuisse de Proserpine sculptée par Le Bernin, Ludovic Tézier qui chante Verdi, le regard des sujets des portraits photographiques de Irvin Penn, la beauté et la délicatesse de certains danseurs.


L’Esthétique est une voie d’accès à la conscience lumineuse : « Abhinavagupta, l’un des plus grands philosophes de l’Inde, écrivait au Xe siècle que les spectateurs doués de sensibilité, ceux qui sont capables de goûter essence même de l’art (rasa), éprouvent un plaisir comparable à la félicité provoquée par l’état de conscience élargie… Il fait remarquer qu’une personne douée de capacité émotionnelle (sahidaya que l’on peut traduire littéralement par quelqu’un qui a du cœur), perd la notion du temps, de l’espace et le sentiment du soi. Transcendant ainsi les limites de la perception liée à l’égo, le spectateur sensible a un avant-goût du détachement éclairé, sous la forme de fusion, conscience élargie et rayonnement ». Yoga, l’art de la transformation -Debra Diamond


Cette émotion pure, c’est aussi très simplement la pleine jouissance des petits instants précieux que nous offre la vie. Un sourire généreux, l’eau d’une vague fraiche qui chatouille les orteils, la délicatesse d’un enfant endormi, la douceur d’une caresse, le chant du merle au printemps, un cerisier en fleur, un repas partagé avec les gens qu’on aime, moments de légèreté et d’harmonie dans l’instabilité et la fragilité de la vie.


Cultiver ces instants d’émerveillement est favorisé par la philosophie sous-tendue par le yoga. Ces instants, on les côtoie aussi lors des séances de pratique du yoga. Pas toujours, mais quelques fois, au détour d’une posture, le souffle et la conscience se font encore plus présents.

Quelques respirations pendant lesquelles, on se laisse porter, pendant lesquelles le souffle transcende le mouvement et la volonté d’agir, quelques respirations pendant lesquelles l’Etre s’exprime à travers le va et vient de l’air.


La qualité du souffle est l’élément essentiel de toutes pratiques de yoga : elle est le témoin fidèle de l’état physique émotionnel de l’être dont elle reflète la coloration spirituelle. C’est pourquoi la force canalisée du souffle, véhicule de la conscience énergie, accroît les effets de la pratique en lui accordant toute sa finalité, plus encore que la perfection technique. Boris Tatzki RFY 10


Mais la tradition du yoga va plus loin, en affirmant que le souffle et l’esprit sont intimement couplés, et que le Pranayama, par le calme respiratoire, permet d’atteindre le calme de l’esprit. Il ne s’agit pas là d’oxygène mais de régulation nerveuse, neurovégétative, encore une fois, qui ouvre une voie à la tranquillité du mental, celui-ci acceptant de se poser, de suspendre momentanément ses activités en laissant la place au plus pure et simple sentiment d’exister, d’être là. La boucle mémoire pensées émotions pensées mémoire est suspendue et une nouvelle perception du corps et de soi devient possible- Loredana Harmoniaux RFY 10


Par le travail sur les tapis, les postures de yoga nous invitent à faire corps avec notre souffle et notre conscience. Cet état déborde des tapis et inonde notre vie.


Anne Tollié 2019

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